Échange avec Erwan Seznec, journaliste à Que Choisir

Récemment, je postais un article sur le traitement réservé par les médias aux professionnels de la défiscalisation, un traitement qui nuit à une partie des personnes de ma profession, pourtant de confiance. Suite à cet article donc, j’ai été contacté par plusieurs personnes dont Erwan Seznec, journaliste à l’UFC Que Choisir. Nous avons eu un échange intéressant, constructif, que je vous propose de découvrir ci-dessous.

Erwan Seznec :

Je suis journaliste à Que Choisir, je viens de prendre connaissance de votre message relatif à la manière dont les médias traitent la défiscalisation.

Je vous écris à deux titres. D’une part, je voudrais savoir comment vous arrivez à ce chiffre de 2% de vacances sur les logements construits en défiscalisation. D’autre part, je voudrais attirer votre attention sur le fait que de nombreux médias, dont le Canard enchainé, les Echos, la Tribune et Que Choisir, ont alerté sur les excès de la défiscalisation dès 2006, sans aucune conséquence sur la tenue du marché.

L’émission Envoyé spécial fait autant d’audience à elle seule que tous ces titres, mais elle n’a pas le pouvoir de formater l’opinion à ce point. On ne peut quand même pas exclure que la défiscalisation soit en panne pour des raisons objectives.

L’économie marche à la confiance, mais pas seulement. L’ANIL, dès 2005, dresse d’ailleurs un pronostic inquiet de ce qui se prépare dans le Robien, en raison des excès de la défiscalisation. Ses prévisions se sont réalisées, et les médias n’y sont pour rien. S’ils avaient davantage relayé les inquiétudes de l’Anil il y a trois ans, du reste, nous n’en serions peut-être pas là.

Cédric Robillard :

Le chiffre de 2 % vient de l’article de Finance Conseil Investissement. Dans le message que vous avez reçu, un lien permet de lire les propos de Pierre Semanaud directeur du groupe FCI. Le reportage d’Envoyé Spécial a été diffusé avant que la crise financière soit à ce point néfaste à l’économie.

Je pense que vous sous-estimez le pouvoir de la télévision. Surtout lorsque c’est diffusé par une chaîne comme France 2. Aucun de mes clients n’a évoqué les médias que vous citez. Par contre comme je l’ai indiqué dans l’article, j’ai eu plusieurs appels le soir même de la diffusion du reportage « Les Robiens de la Colère ».

Certes il y a des excès dans la défiscalisation. Cependant on ne peut pas associer la Loi robien à une arnaque comme c’est le cas dans le reportage. Les professionnels de la gestion de patrimoine sont majoritairement sérieux. Les société qui ont abusé du dispositif sont connues (Omnium,4M PROMOTION devenue AKEYRIS,…).

Je reproche aux médias d’avoir accusé sans discernement l’ensemble des professionnels de la défiscalisation et de ne pas avoir présenté des investisseurs satisfaits.

D’ailleurs sur un blog, je me souviens d’un message d’un journaliste qui cherchait des témoignages de personnes déçues par leur investissement sous le régime Robien pour Que Choisir.

Je suis d’accord avec vous sur le fait que l’économie marche à la confiance.

Erwan Seznec :

Moi je reproche aux professionnels de la défiscalisation sérieux de s’être tus pendant qu’Omnium et Akerys, puisque vous les nommez, sabotaient consciencieusement le métier.

Cette période s’étend, en étant indulgent, de mi-2006 à aujourd’hui. J’étais à l’époque à la Tribune, un journal auquel les institutionnels parlent facilement. En « off », comme on dit, j’entendais des propos alarmés de la part de la FPC, par exemple. Mais officiellement, discours de circonstance, lisse et rassurant.

Pourquoi ? Pour ne pas inquiéter les investisseurs potentiels, évidemment. Ce qui revient à laisser un certain nombre d’entre eux se planter. En résumé, quand ça va, la presse devrait dire que ça va. Quand ça commence à ne pas aller, la presse devrait dire que ça va encore, et quand ça ne va plus vraiment, la presse devrait dire que ça ira mieux demain.

Vous déplorez le manque d’articles parlant des investisseurs contents. Mais pendant des mois et des mois, il y a eu 99 papiers positifs sur l’immobilier pour 1 papier un peu alarmiste. Reprenez les Une du Nouvel Obs ou de l’Express sur les « vrais » prix de l’immobilier à Paris et en province réalisés au premier semestre 2008 : à les croire, c’était encore le moment d’acheter !

Sincèrement, je crois que si la presse avait été critique sur les niveaux extravagants des prix dans le neuf (et le Robien !) dès 2006, nous n’en serions pas là…

Cédric Robillard :

Les sociétés Omnium et Akerys ont commencé à travailler avec leurs méthodes de travail très particulières bien avant 2006. C’est vrai, personne ne dénonçait ces sociétés… et de nombreux articles vantaient les mérites de la loi Robien. Comme si tous les projets se valaient !

Concernant les prix de l’immobilier publiés, ils sont rarement le reflet du marché ! Les chiffres sont très divergents, vous le savez. On peut toujours donner une moyenne pour une ville, mais franchement, d’un quartier à l’autre et selon la qualité du projet et de son environnement, les prix sont très différents.

Le prix du neuf est élevé, c’est normal. Les rentabilités locatives sont devenues si faibles (4 %) que sans l’intérêt fiscal pour investisseurs imposés sur les tranches à 14 %, il est plus rentable d’investir dans l’ancien.

Mme Boutin étudie la possibilité de modifier la loi Robien pour que la déduction laisse place à une réduction d’impôt. Ainsi, cette solution (envisagée) serait plus équitable pour les classes moyennes.

Les prix de l’immobilier sont le résultat de l’offre et de la demande et de la dynamique du marché lié à la confiance. Les prix vont se tasser, mais il ne faut pas s’attendre à une chute spectaculaire du marché. L’immobilier sur le long terme reste un très bon placement…

2 réponses pour “Échange avec Erwan Seznec, journaliste à Que Choisir”

  1. Séverine Says:

    Merci pour cet article intéressant. Ce que je souhaiterais savoir c’est quels sont nos recours face à OMNIUM et au Crédit Immobilier de France ? J’ai dû racheter mon prêt, qui était à taux variable et non sécurisé contrairement à ce que m’avait affirmé le “conseiller” OMNIUM. Le Crédit Immobilier de France ne veut pas négocier les indemnités de remboursement anticipé, et m’a refait un prêt (sans mon autorisation mais me dit-il n’en a pas besoin psq c’est le même prêt qui continue !) pour financer celles-ci, tout cela sans mon accord, et dans les mêmes conditions que celles que je dénonçais avec un EURIBOR à 6 mois ! C’est ubuesque. Comment s’en sortir ? Merci de vos conseils.

  2. amff Says:

    Séverine,
    Vous devriez contacter un courtier afin qu’il étudie votre dossier.
    Concernant les pénalités, l’établissement bancaire ne peut vous réclamer plus de 6 mois d’intérêts.

    Cédric ROBILLARD

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